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Covid-19 : Le deuil bouleversé

Le confinement limite grandement la possibilité d’organiser des obsèques pour les personnes disparues pendant cette période. Les cérémonies d’obsèques sont fortement perturbées, elles sont limitées à 20 personnes du premier cercle familial de la personne décédée et impossible pour les proches qui vivraient éloignés de s’y rendre.

Pourtant, la cérémonie est un moment important dans le processus de deuil. Les funérailles sont un ensemble de gestes et de paroles effectuées à la mort d’un être humain pour lui rendre hommage et en quelque sorte l’accompagner grâce à une cérémonie. Ce rituel collectif nous soutient grandement à bien des égards : il nous aide à surmonter la souffrance individuelle, à nous sentir moins seuls et en lien au moment même où la tentation d’isolement et de retrait est exacerbée. Il donne un cadre à notre souffrance et à notre action. Il permet de nous reconnaître endeuillés et enfin donne un sens à la mort (dans le cadre religieux).

Notre affliction est soutenue par le groupe social et les valeurs qu’il partage. Nous sommes «tenus» par tout ce que la situation requiert de nous et par les relations humaines  intenses à vivre.

La situation actuelle n’empêche pas le processus de deuil. Il débute dès l’instant où vous perdez un proche, confinement ou pas. C’est un processus de cicatrisation. Lorsque vous avez une plaie profonde sur le bras, il y a une intelligence inhérente au corps qui va faire en sorte de le protéger par un mécanisme de cicatrisation. Il se met en place de façon naturelle, complètement involontaire et salutaire pour notre corps afin de préserver son intégrité. Le processus de deuil, c’est exactement la même chose.

Il y a une très profonde blessure psychique et il y a automatiquement un processus qui se met en place pour tenter de cicatriser et de préserver la santé psychique de la personne. Le fait de ne pas pouvoir assister aux obsèques ou accompagner la personne en fin de vie avant son décès va venir interférer dans le deuil mais cela ne va pas bloquer le processus. Les obsèques ou l’accompagnement, s’ils sont des éléments qui facilitent le deuil, ne sont pas la condition première pour que le processus s’initie.

Pour pallier actuellement l’impossibilité de regroupement, des initiatives émergent grâce à des outils digitaux. La plateforme www.mieux-traverser-le-deuil.fr met en place avec les organisateurs funéraires un accord pour proposer de filmer la cérémonie et la partager.

Il existe aussi des sites pour créer des mémoriaux en ligne où les proches peuvent poster des photos, des commentaires et des messages de condoléances. Même si c’est virtuel, l'impact est très fort sur les personnes en deuil qui peuvent exprimer leurs émotions ou leur soutien, leur affection ou leur amour et dire leur peine.

Il peut aussi être nécessaire de créer un rituel personnel avec par exemple la photo de la personne, une bougie, des fleurs, écrire ce que l’on ressent …

Plus tard, lorsque ce sera possible, il sera temps d’organiser des cérémonies et de se regrouper pour honorer et rendre hommage à la personne disparue.

Le processus de deuil est long. Comme nous avons tendance à occulter le vécu du deuil en pensant que c’est réglé en quelques mois, ce temps laissé en suspens rallonge l'accompagnement que nous pouvons offrir aux endeuillés.

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